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Chroniques / Jean-Baptiste Noé

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Jean-Baptiste Noé

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Menaces de guerre au Guyana
par Jean-Baptiste Noé

Le Venezuela souhaite annexer la région de l’Essequibo, qu’il revendique depuis de nombreuses décennies. Les récentes découvertes de gaz et de pétrole attisent les convoitises. La France est aux premières loges d’un conflit qui se déroule à ses frontières. 

02/12/2023 - 08:30 Lecture 6 mn.

 

Sa géographie est en train de rattraper la France. La Guyane, surtout connue en métropole pour sa base de lancement de Kourou et ses lieux d’entraînements militaires, voit arriver une menace de guerre armée à ses frontières. À 800 km de Kourou, soit la distance Paris / Marseille, Georgetown, la capitale du Guyana, est sur le pied de guerre. L’armée du Venezuela se masse à ses frontières, son président, Nicolás Maduro, ayant organisé un référendum le dimanche 3 décembre pour demander le rattachement de l’Essequibo, une région qui regroupe les deux tiers du Guyana. La situation rappelle les tensions entre l’Irak et le Koweït, mais à un jet de pierre de la France.

 

Guyana : le Koweït de l’Amérique latine

 

Jusqu’à la fin des années 2010, le Guyana n’intéressait pas grand monde. Petit pays de 800 000 habitants, indépendant du Royaume-Uni depuis 1966 et membre du Commonwealth, coincé entre le Venezuela, le Brésil et le Surinam, il n’avait pas grand intérêt pour la géopolitique mondiale. Jusqu’à ce que les compagnies pétrolières mettent à jour d’immenses gisements de gaz et de pétrole au large de ses côtes. Les prévisions font rêver : les réserves sont estimées à celles du Koweït et la production nationale devrait atteindre 1 % de la production mondiale en 2025. Alors que le pays sortait 66 000 barils de pétrole par jour en 2020, c’étaient déjà 266 000 barils par jour en 2022. Une croissance exponentielle qui n’est pas près de s’arrêter. Tous ceux qui prévoient, depuis 1972 et le rapport du Club de Rome, la fin du pétrole, en sont pour leurs frais. Sans cesse, au Mozambique, au Guyana ou ailleurs, de nouveaux gisements d’hydrocarbures sont mis à jour. Les compagnies américaines se ruent au Guyana, dont Exxon Mobil et Chevron, pour un pays qui a la particularité d’être le seul anglophone d’Amérique latine.

 

Les rêves du Venezuela

 

Fut un temps où le Venezuela était le pays le plus riche d’Amérique du Sud. Grâce à ses gisements de pétrole, mais aussi parce que sa situation géographique était bien exploitée : large façade maritime sur la mer des Caraïbes, frontière avec le Brésil, ports dynamiques et bourgeoisie entreprenante. C’était la Suisse, sans la neige et les montagnes. Tout change à partir des années 2000 et l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chavez (1999-2013) puis de Nicolás Maduro (président depuis 2013). Certes, la situation sociale et économique du pays est moins pire qu’il y a dix ans. Les habitants ont connu toutes les pénuries, y compris des produits hygiéniques et des médicaments, les personnes éduquées sont parties, notamment en Espagne, en Colombie et au Chili. Vidé de ses forces vives, le Venezuela végète et regarde avec envie son voisin méprisé qui se découvre propriétaire d’immenses gisements d’hydrocarbures. Le rapt et le vol, façon classique de s’enrichir, la guerre de conquête et de captation revient au goût du jour sous les Tropiques.

 

Alerte française

 

Alerté, le Brésil a mobilisé des régiments blindés pour surveiller sa frontière. Pour l’instant, la France n’a pas réagi, mais elle ne pourra éviter une implication. Outre la proximité géographique du Guyana, le Brésil est le pays avec lequel elle a la plus longue frontière terrestre. En cas de guerre, des arrivées de réfugiés ne sont pas à exclure, ce qui déséquilibrerait un peu plus une Guyane déjà fortement fragilisée. Les Antilles françaises, mouillant dans la même mer que le Venezuela, pourraient être un point de base en cas de conflit. Tout occupée à regarder l’Ukraine et Gaza, la France redécouvre, avec ces tensions, sa présence américaine. Le Guyana n’est pas un pays exotique, c’est un voisin de la France ; la menace d’un conflit concerne directement Paris.

La liberté des référendums étant à peu près nulle au Venezuela, il est fort probable que le oui à l’annexion l’emporte. Et ensuite ? Caracas est-il prêt à une invasion, dans un espace de jungle où il est toujours très difficile de manœuvrer ? Il est du rôle des pays européens, notamment le Royaume-Uni et la France, directement concernés par un conflit, de s’y opposer ouvertement et nettement afin d’éviter l’irrémédiable. 14 jours de mer sont nécessaires à la Marine nationale pour rejoindre la Guyane où est basée une force d’à peine 2 000 hommes. C’est bien insuffisant pour protéger le Guyana. À tous ceux qui pensaient que la guerre était un concept ancien et dépassé, le Venezuela, comme avant lui la Russie et le Hamas, viennent d’opposer un démenti cinglant.

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