Editorial d'Yves de Kerdrel

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En attendant les changements de rentrée…

Le Président de la République s’est installé au Fort de Brégançon auquel il veut donner un statut d’Elysée-bis. Le dernier conseil des ministres a eu lieu vendredi. L’affaire Benalla a cassé un ressort qu’Emmanuel Macron entend réparer avec un agenda très chargé pour la rentrée, et peut-être un mini-remaniement.

Avec la fin de la session parlementaire, et le rejet des deux motions de censure, déposées l’une par les Républicains, et l’autre par une union hétéroclite de la France Insoumise, des Communistes et des socialistes, Emmanuel Macron espère que l’affaire Benalla qui a pourri ses dernières semaines est désormais close. C’est ce qu’il a confié aux membres de son gouvernement conviés à l’Élysée mercredi soir pour un dîner d’été, et vendredi pour le dernier conseil des ministres de la saison, avant de partir au Fort de Brégançon pour trois semaines. Toute la question est de savoir si son ex-protégé a commis d’autres actes répréhensibles et si certains médias vont publier de nouvelles révélations. De la même manière qu’ils ont commencé à publier les versions contradictoires données aux officiers de police judiciaire pendant leur garde à vue.

De toute façon Emmanuel Macron, qui n’aime pas agir sous la pression des événements compte bien procéder, à la rentrée à un remaniement complet du fonctionnement de l’Élysée et même de La République En Marche. Ce n’est un secret pour personne qu’il en veut beaucoup à Christophe Castaner de ses atermoiements et de son attitude durant cette mini-crise, comme à Richard Ferrand, qui n’a pas su faire monter au créneau des jeunes députés afin de contrer l’opposition. A l’Élysée, il y a toujours l’épée de Damoclès qui repose sur la tête d’Alexis Köhler, dont l’arrogance énerve beaucoup dans l’entourage du Chef de l’État. Enfin il y a le rôle du conseiller de l’ombre, Ismaël Emelien, qui détenait la vidéo de l’affaire Benalla, et qui n’a été entendu par aucune commission.

VERS UNE PURGE A LA PREFECTURE DE POLICE

Le départ à la retraite de son directeur de cabinet, Patrick Strzoda, va nécessairement contraindre Emmanuel Macron à remettre à plat l’organigramme de l’Élysée. C’est-à-dire le rôle des chargés de mission officieux, non soumis aux mêmes obligations que les autres. La refonte de sa protection et de sa sécurité rapprochée, assurée par des gendarmes, comme c’était le cas sous François Hollande. Mais le Commandant militaire du Palais, le Général Bio-Farina, qui était chargé de certaines basses œuvres de l’ancien Président et qui est resté en place, pourrait changer d’affectation. Il est également question d’une vaste épuration « à la préfecture de police » que l’Élysée considère comme un nid de sarkozystes. Ce qui provoquerait davantage de vagues, tant la police est une institution beaucoup plus soudée et solidaire que la Gendarmerie.

S’il a pris ses quartiers d’été, le Chef de l’État ne va pas s’arrêter de veiller aux affaires du pays. Il entend travailler tous les matins en fonction des notes qui lui parviendront. Avec une attention toute particulière sur le cadrage budgétaire qui est le point faible de son début de mandat avec l’incapacité de faire baisser la dépense publique. Il compte également mettre l’accent de sa rentrée de septembre sous le signe du social. Pour cela un séminaire gouvernemental devrait être convoqué soit le mercredi 22 août, jour de rentrée du conseil des ministres, soit le mercredi 29 août. Le Président, qui a remis à plus tard la réforme constitutionnelle, compte mettre l’accent sur le plan hôpital d’Agnès Buzyn, mais aussi sur le Plan Pauvreté, qui devait être initialement annoncé au début du mois de juillet.

UN EVENTUEL REMANIEMENT 

Emmanuel Macron souhaite s’attaquer au déterminisme social comme il l’a confié aux différentes associations qu’il a déjà rencontrées. Mais rien ne serait prévu concernant la lutte contre l’illettrisme qui concerne pourtant 6 % des français et 21 % des inscrits à Pôle Emploi. Certains redoutent qu’une grande partie des mesures passent par le relèvement d’un certain nombre d’allocations (handicap, vieillesse, fins de droit…) qui ne changeraient pas fondamentalement la machine française à créer de la pauvreté. L’autre grand sujet de la rentrée sera le projet de loi de finances pour 2019. S’il apparaît politiquement plus simple, car il n’y aura pas cette année de mesures fiscales susceptibles de le faire passer pour un « Président des Riches », tous les regards seront tournés vers le niveau de la dépense publique, qu’Emmanuel Macron a été incapable de faire bouger depuis le début de son mandat.

A ces différents sujets va s’ajouter un troisième dossier de rentrée : un éventuel remaniement. Christophe Castaner, qui était surnommé le Vice Premier-Ministre a, incontestablement perdu de sa superbe dans l’affaire Benalla. Le Ministre de l’intérieur, qui a été auditionné sous serment par les deux commissions d’enquête, et qui a livré des versions contradictoires est également sur la sellette. Voilà pour l’affaire Benalla. A cela s’ajoute Françoise Nyssen, la ministre de la Culture, qui s’illustre par son incompétence et dont les affaires immobilières de son compagnon deviennent encombrantes. Gérald Darmanin fait le forcing pour tenter d’obtenir le Ministère de l’Intérieur et quitter ainsi Bercy où la cohabitation avec Bruno Le Maire est toujours difficile. Le seul à ne rien craindre est Édouard Philippe, qui se sait à Matignon au moins jusqu’aux Européennes, avant d’être peut-être missionné afin d’aller prendre la Mairie de Paris à Anne Hidalgo.

ACTIVITE TOUJOURS POUSSIVE EN FRANCE

La droite est partie en vacances dans le même état qu’il y a six mois : avec la moitié de députés dépressifs et l’autre moitié excités par une dérive populiste qu’incarne leur chef Laurent Wauquiez. Dans une interview au Point, Xavier Bertrand fait entendre une voix différente et montre bien son envie d’aller au combat en 2022. La semaine passée c’était Valérie Pécresse qui avait dressé les premières lignes d’un programme libéral et orléaniste. Un message qu’elle devrait marteler le 24 août à Brive lors du campus de rentrée de son mouvement Libres ! Quant à Nicolas Sarkozy, il reste très actif. Après avoir passé le mois de juillet au Cap Nègre, il a rejoint la montagne pour le mois d’août, où il continue d’être en contact avec ses proches. Comme s’il avait déjà tiré un trait sur l’expérience Wauquiez, dont il ne supporte pas la proximité avec Patrick Buisson.

Au chapitre économique, les regards sont toujours tournés vers les nouvelles estimations de croissance pour l’économie française en 2018. Le Ministre du budget a affirmé pouvoir compter – sans doute un peu vite – sur une croissance de 1,8 %. La plupart des économistes, échaudés, par les mauvais chiffres du deuxième trimestre sont plus prudents. De surcroit, le rythme de croissance de l'activité dans le privé a ralenti en juillet en France avec le secteur des services tout en se maintenant à des niveaux élevés, selon les résultats définitifs de l'enquête mensuelle d'IHS Markit publiée vendredi. L'indice PMI d'activité des services s'est établi à 54,9 le mois dernier, un niveau inférieur à celui de sa première estimation publiée le 24 juillet (55,3) et en retrait d'un point par rapport à juin.

INCERTITUDES CROISSANTES SUR LE BREXIT

Il se maintient au-dessus du seuil de 50 qui distingue croissance et contraction de l'activité depuis maintenant plus de deux ans. L'indice composite, qui associe des éléments de l'indice des services et de celui du secteur manufacturier - dont la croissance de l'activité a accéléré en juillet - s'est quant à lui inscrit à 54,4, soit juste en-dessous de sa marque de 54,5 de l'estimation "flash", après 55,0 en juin. Globalement, la croissance est restée soutenue en juillet dans le secteur des services grâce à des commandes toujours en hausse quoique dans une proportion légèrement moindre qu'en juin. Les entreprises du secteur signalent une évolution positive de leurs effectifs pour le 19 ème mois consécutif et elles sont un peu plus optimistes qu'en juin sur leurs perspectives d'activité pour les 12 mois à venir.

Toujours en Europe, du moins pour quelques mois encore, la Banque d'Angleterre a relevé jeudi son principal taux directeur d'un quart de point mais a prévenu qu'elle n'était pas pressée de poursuivre son resserrement monétaire en raison des incertitudes entourant les négociations sur la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne. La décision de relever le taux d'intervention pour le porter de 0,50% à 0,75% a été prise à l'unanimité des neuf membres du comité de politique monétaire. Les économistes interrogés par Reuters s'attendaient à ce que les responsables monétaires britanniques relèvent le taux directeur mais à une majorité de sept voix pour et deux contre. La livre sterling a réduit ses pertes contre le dollar après l'annonce de la décision de la Banque d'Angleterre, touchant même un point haut à 1,3129 dollar avant de repartir à la baisse.

LA BNP FAIT TOUJOURS LA COURSE EN TETE

La BoE a expliqué que si l'économie britannique enregistrait une croissance moindre que pendant la période qui a précédé le référendum sur le Brexit, elle était néanmoins proche de sa vitesse maximale ou de ses pleines capacités, ce qui renforce les perspectives de montée des pressions inflationnistes. Le message de la banque centrale demeure toutefois celui de hausses des taux limitées et graduelles alors qu'elle prévoit que l'inflation ne dépassera qu'à peine son objectif de 2% au cours des prochaines années. La croissance de l'économie britannique a ralenti depuis le vote en faveur du Brexit en juin 2016. La banque centrale a prévenu que l'économie pourrait être significativement influencée par la réponse des ménages, des entreprises et des marchés financiers aux informations sur le Brexit. Elle a dit que l'inflation devrait se situer à 2,09% à un horizon de deux ans, légèrement au-dessus de son objectif de 2%. Par ailleurs, la BoE a dit s'attendre à ce que la croissance du produit intérieur brut s'établisse à 1,4% cette année, une prévision inchangée par rapport aux précédentes projections publiées en mai. Elle s'attend à une croissance de 1,8% en 2018 contre une prévision de 1,7% précédemment.

La semaine boursière a été marquée par la publication des résultats des bancaires. Tous meilleurs que ce qui avait été anticipé. BNP Paribas a notamment publié mercredi des revenus et un résultat net meilleurs que prévu au titre du deuxième trimestre, la stabilisation de la banque de détail en zone euro et la forte croissance des services financiers spécialisés ayant contrebalancé la baisse de l'activité de banque de financement et d'investissement. La banque de la rue d'Antin, à Paris a clos la période d'avril à juin sur un bénéfice net part du groupe de 2,4 milliards d'euros, quasi stable (-0,1%) par rapport à la même période de l'exercice précédent, pour un produit net bancaire en progression de 2,5%, à 11,2 milliards d'euros. Les analystes interrogés par FactSet anticipaient un résultat net de 2,07 milliards d'euros et un PNB de 10,9 milliards d'euros.

LA GENERALE FACE A SES LITIGES AUX ETATS-UNIS

La Société générale a annoncé, de son côté, des résultats légèrement meilleurs que prévu, notamment sur les activités de marché, contrastant ainsi avec BNP Paribas, dont les résultats annoncés la veille ont été pénalisés par les marchés de taux en Europe. L'activité de banque de détail en France de la troisième banque française par la capitalisation boursière, après BNP et Crédit agricole, reste en revanche à la peine, en raison de l'environnement de taux bas, qui limite les marges sur les crédits bancaires. Sur l'ensemble de l'exercice, la banque de la Défense table ainsi sur un Produit net bancaire de cette division en repli de 1% à 2% sur l'année. Les activités de marchés et de services aux investisseurs se sont en revanche stabilisées (-0,4%). Les revenus des taux, crédit, changes et matières premières ont reculé de 1,0%, mais progressé de 2% en organique.

La Société générale, qui a réglé récemment deux des trois litiges l'opposant aux autorités américaines, a passé une provision supplémentaire de 200 millions d'euros au deuxième trimestre, portant le total de ses provisions pour litige à 1,43 milliard. SocGen a annoncé début juin avoir accepté de payer un total d'environ 1,3 milliard de dollars (1,1 milliard d'euros) aux autorités américaines et au Parquet national financier français pour mettre fin à deux litiges aux Etats-Unis relatifs au taux interbancaire Libor et au dossier du fonds souverain libyen. Dans les semaines qui viennent, elle espère pouvoir également tourner la page d'un troisième litige, dont elle discute toujours avec les autorités américaines, et qui porte cette fois sur des soupçons de violation d'embargo. Le groupe a également annoncé la cession de ses activités en Bulgarie et en Albanie, ajoutant que d'autres opérations de même nature devraient intervenir au second semestre.

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