Editorial d'Yves de Kerdrel

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Coup de panique à l’Elysée

Chute dans trois sondages successifs, poursuite des grèves à la SNCF, report du plan Pauvreté, violences à Nantes… l’été démarre bien mal pour Emmanuel Macron qui va essayer d’inverser la tendance lors de son intervention de demain au Congrès.

L'image d'Emmanuel Macron se ternit progressivement mais très nettement. Selon un sondage Odoxa pour Le Figaro et France Info, les Français jugent de plus en plus sévèrement le style du chef de l'État, un an après son élection. Alors qu'il doit s'exprimer lundi devant le Congrès, le Président de la République exercerait un pouvoir trop solitaire et personnel pour 74% des Français, et 72% de ces derniers estiment que le rôle du Parlement sous ce quinquennat se limite à enregistrer les lois décidées par le Président et le gouvernement. Plus ennuyeux pour l'image du chef de l'État, il est de plus en plus perçu comme pas humble (+ 8 points en deux mois), pas proche des gens (75%, + 7 points) et Président des riches (74%, +2 points), selon ce sondage.

Malgré tout, plus d'un Français sur deux continue de penser qu'il incarne le renouveau (52%, -9 points depuis décembre 2017). Mais l'évolution la plus notable concerne l'appréciation de sa politique. Près de 7 Français sur 10 la considèrent injuste, et surtout 65% des interrogés estiment qu'elle est inefficace. Seules les sympathisants LaREM continuent de juger sa politique juste (83%) et efficace (87%). Les électeurs LR ne sont que 40% à considérer les mesures prises comme efficaces. Il s’agit là du dernier sondage qui a émaillé la semaine après deux autres tout aussi négatifs.

DECROCHAGE DE MACRON A DROITE

L’indicateur le plus marquant a été apporté par le baromètre de confiance d’Elabe pour Les Échos et Radio Classique, publié jeudi. Emmanuel Macron et Édouard Philippe perdent chacun six points par rapport au mois dernier. La cote du président, qui n'avait jamais connu pareille chute depuis son élection en 2017, s'établit désormais à 34%, son plus bas niveau, et celle du Premier ministre à 31%. Ce qui constitue pour lui un record d'impopularité. Surtout, désormais six personnes interrogées sur dix déclarent ne pas faire vraiment confiance ou ne pas faire confiance du tout à Emmanuel Macron et 57% portent le même jugement sur Édouard Philippe. Dans le détail, la cote de confiance d'Emmanuel Macron est en chute auprès de nombreuses catégories de population : les personnes âgées de 18 à 24 ans, les électeurs de François Fillon, les ouvriers, les habitants des communes rurales, les personnes âgées de 50 à 64 ans et les retraités.

Le troisième indicateur négatif de la semaine est apparu dans le tableau de bord Ifop-Fiducial pour Paris Match et Sud-Radio. Ce sondage fait ressortir à 59% la part des Français qui n’approuvent pas l’action du chef de l’État. Un record depuis le début du quinquennat. Certes, avec 41% de sondés satisfaits, ce n’est pas la catastrophe, mais le président de la République commence à empiler les mécontents. Il perd 14 points chez les retraités. Le cafouillage sur le projet de réforme des pensions de réversion n’a rien arrangé. Il déçoit aussi -et c’est nouveau- les sympathisants Les Républicains (-12). Séduit jusqu’à présent par la façon d’incarner la fonction présidentielle, l’électorat de droite semble agacé par les dernières sorties du chef de l’État. Les polémiques suscitées par l’échange avec le collégien qui appelé le président «Manu», le renouvellement de la vaisselle de l’Élysée, le projet d’installation d’une piscine hors-sol au fort de Brégançon et surtout, la fête de la musique au son de l’icône gay Kiddy Smile font tiquer une partie des électeurs de droite.

EXERCICE DIFFICILE DEMAIN A VERSAILLES

En recul de cinq points (38%), le Premier ministre Édouard Philippe chute lourdement. Sur les traits de personnalité, tous les clignotants sont au rouge. C’est la première fois qu’une des têtes de l’exécutif dépasse la barre des 60% de désapprobation (62%). Un vrai décrochage, donc, lié en partie à l’abaissement de la limitation de vitesse à 80 km/h. Mesure que le chef de gouvernement porte seul. Mais le juppéiste recule aussi chez les retraités (-14) et à droite (-5). C’est la première fois que le déséquilibre s’opère dans le sens du Premier ministre par rapport au Président de la République. En revanche, sans surprise, le parti de Jean-Luc Mélenchon se maintient en tête (40%) des formations politiques incarnant le mieux l’opposition à l’exécutif. Le Rassemblement national et Les Républicains se partagent la deuxième place à égalité (22%).

Emmanuel Macron, qui tient à rester le maître des horloges, a donc convoqué une réunion de tous les parlementaires en Congrès à Versailles demain lundi 9 juillet, presque un an jour pour jour après un premier discours de philosophie politique qui avait fait flop. Demain l’exercice sera différent et encore plus difficile. Le Président doit essayer de montrer qu’en un an le pays a déjà changé, mais en même temps qu’un an c’est bien court. Il va donc replacer son action dans la durée. Toute la question est de savoir s’il arrivera à raccrocher les wagons avec la France des territoires et celle des classes moyennes qui n’ont désormais plus aucune confiance en lui, ou s’il va se contenter d’un discours métapolitique réservé au microcosme, avec une flèche pour les députés de la France Insoumise qui ont décidé de boycotter cet exercice qu’ils jugent un peu trop « monarchique .

UN ETE PLEIN D’INCERTITUDES

Il reste que le report au mois de septembre de l’annonce du Plan pauvreté, qui était prévue mardi 10 juillet, a été très mal perçu. D’autant plus que la raison en est la coupe du monde de football. A la place, les associations caritatives ont eu droit à un déjeuner luxueux et un peu déplacé à l’Élysée il y a quelques jours. De surcroît sur le plan social, il n’y a pas d’accalmie. Après les grèves de ce week-end de grand départ à la SNCF, de nouveaux préavis sont annoncés pour le 19 juillet. Et les pilotes d’Air France profitent de l’absence d’une nouvelle gouvernance pour préparer de nouveaux débrayages à partir de fin juillet. De quoi gâcher les vacances de Français.

C’est pourquoi à l’Élysée on regarde tous les scénarios possibles. D’un mini-remaniement à une annulation des vacances du Président. Ce qui permettra que l’on évite de parler de la piscine du fort de Brégançon, et d’annonces fortes sur le pouvoir d’achat des ménages. Mais il n’y a pas de grain à moudre. Et il n’est pas certain que la disparition progressive de la taxe d’habitation soit ressentie comme un ballon d’oxygène pour les plus défavorisés. Par ailleurs sur le plan international, Emmanuel Macron voit sa principale alliée, Angela Merkel, se diriger, nolens volens, vers la sortie, poussée tant par la CSU que par certains hiérarques du CDU qui en ont assez de son exercice solitaire du pouvoir. C’est Ursula von der Leyen, la ministre de la Défense qui serait sans doute appelée à lui succéder.

LA GUERRE COMMERCIALE DE TRUMP INQUIETE

Au chapitre économique, ce sont les questions soulevées par la guerre commerciale déclenchée par Donald Trump qui animent l’actualité. En fin de semaine le Président américain a confirmé que les Etats-Unis commenceraient à percevoir des droits sur 34 milliards de dollars de marchandises chinoises dès ces jours-ci et averti qu’à terme, plus de 500 milliards de dollars (430 milliards d’euros) de marchandises chinoises pourraient être taxées. Cette somme représente environ la valeur des produits chinois importés par les Etats-Unis l’année dernière. De son côté, la Chine a fait savoir qu’elle n’avait d’autre choix que de répondre et a indiqué qu’elle ferait un rapport à l’Organisation mondiale du commerce le moment venu.

Le 3 avril dernier, l’administration Trump a annoncé son intention de taxer à 25% en deux étapes plus de 1.300 produits chinois représentant 50 milliards de dollars. Sont notamment visés les véhicules à moteur, les imprimantes et de nombreux produits industriels. Le 18 juin, Donald Trump a menacé de taxer à 10% 200 milliards de dollars de marchandises supplémentaires et dit avoir 200 milliards de dollars supplémentaires à taxer en cas de représailles de Pékin. Selon un conseiller de la banque centrale chinoise, cité par l’agence officielle Chine nouvelle, le projet de taxation de 50 milliards de dollars de produits chinois réduira la croissance économique chinoise de 0,2 point de pourcentage.

LES MINUTES DE LA FED EVOQUENT UNE RECESSION

Après communication des minutes de la Fed, il apparaît que le comité de politique monétaire de la Réserve fédérale a parlé de récession et a dit craindre que les tensions commerciales internationales affectent une économie qui, au vu de la plupart des indicateurs, apparaît néanmoins solide, selon le compte rendu de la réunion de politique monétaire des 12 et 13 juin publié jeudi. Ces minutes laissent globalement l'impression d'une Fed impressionnée par la vigueur de l'économie américaine et persuadée de la justesse de son choix de poursuivre le cycle de hausse des taux ; mais elle reste attentive aussi à ce qui pourrait fausser la trajectoire ascendante de l'économie. Ainsi, ses membres se sont demandés si le mince écart de rendement entre les taux d'intérêt longs et courts pourrait être interprété comme le signe d'une récession qui attend son heure.

Le FOMC s'est aussi intéressé à un autre indicateur potentiel de récession : l'écart entre le taux des Fed funds actuel et celui attendu plusieurs trimestres plus tard sur la foi de l'évolution du marché des futures. Cet indicateur repose peut-être sur des informations plus fiables que la courbe des rendements, susceptible d'être faussée par des éléments ponctuels, estime le Fomc. Le compte rendu ne dit pas si les responsables de la Fed ont jugé si l'un ou l'autre de ces deux indicateurs anticipaient effectivement une récession. Mais le fait qu’une importance croissante soit donnée aux marchés de taux témoigne d’une certaine fébrilité des responsables de la Fed.

LE MEDEF DANS L’ATTENTE D’UNE REFONDATION

Du côté du business, les préparatifs de l'introduction en Bourse du pétrolier Saudi Aramco seraient au point mort, selon plusieurs sources anglo-saxonnes. Le premier pétrolier mondial a développé sa présence international en signant des accords portant sur les activités en aval et en augmentant les capacités de ses raffineries avant son IPO très attendue et qui s'inscrit dans le projet plus large de l'Arabie saoudite d'ouverture de son économie. Il semble que depuis trois mois le Prince Mohammed Ben Salmane qui a décidé de rénover le royaume saoudien se heurte à de nombreuses résistances. Ce qui l’obligerait même à vivre dans un bunker. De fait nombreux sont aujourd’hui les banquiers à estimer que ce qui devait être la plus grosse IPO mondiale, soutenue par un prix du pétrole en hausse, ne se fera pas.

A la suite de l’échec de la nomination de Philippe Capron chez Air France en raison du souhait d’Accor de mettre la main sur la participation de l’État, Bercy se trouve dans une situation compliquée. Bruno Le Maire a reçu l’ordre de l’Élysée de ne brader en aucune manière les 14,5 % de l’État au capital de la compagnie tricolore. Par ailleurs il faut chercher un patron exécutif. La présidente de la RATP, recrutée l’an passée par un chasseur de têtes aurait été longuement sondée par Bercy, même si elle ne connaît rien au secteur aérien. Et pendant ce temps la qualité des relations entre Bruno Le Maire et Alexis Köhler, semble pâtir de la mauvaise gestion de ce dossier.

Enfin l’ensemble des milieux patronaux attend désormais la première prise de parole de Geoffroy Roux de Bézieux. Deux jours après son élection il a été reçu par Muriel Pénicaud pour un premier contact. Celle-ci a salué la nomination de cinq femmes à la commission exécutive du Medef sur le quota du Président. Il s’agit de Christine Bertrand, Présidente du Medef Meurthe et Moselle, Dominique Carlac’h, Présidente de D&Consultants, Nathalie Jaoui, Présidente Crit, Anna Notorianni, Présidente de Sodexo France et de Marie-Christine Oghly, Présidente Mondiale de l'Association des Femmes Chefs d'Entreprise et Présidente d’Enginsoft France. Pour l’instant on en reste au niveau des symboles. En attendant d’en savoir plus sur la réorganisation interne du Medef et sur les grands axes du plan d’action de Geoffroy Roux de Bézieux.

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