La créativité fiscale va de pair, en général, avec sinon la stupidité, du moins la contre-productivité, et toujours la mesquinerie. Tout le monde a en souvenir l'incroyable taxe sur les sodas, ou bien celle sur les parcs à thème finalement abandonnée après une "grosse colère" de Jean-Pierre Raffarin.
Aurélie Filippetti, la nouvelle locataire de la rue de Valois, a annoncé ce week-end qu'elle réfléchissait activement à une extension de la fameuse redevance audiovisuelle aux écrans d'ordinateur, voire aux détenteurs de télévision dans les résidences secondaires. Pour l'instant, on n'en sait guère plus sur ce qui sera considéré comme un ordinateur. Quel sort pour les tablettes, sur lesquelles on peut regarder la télévision ? Quid des smartphones, qui offrent désormais de très bonnes qualités de réception des principales chaînes de télévision ?
A la clé, il s'agit pour le gouvernement de trouver 20 à 30 millions d'euros supplémentaires, par cette nouvelle gabelle numérique, de manière à boucler le budget de France Télévisions, qui étant incapable de se réformer, reste en déficit structurel. Autant dire qu'il n'y a aucune réflexion derrière ce nouvel impôt ; juste l'opportunité de racler les fonds de tiroir dans le but de calmer le service public audiovisuel. Ce dernier espère d'ailleurs toujours profiter du rétablissement de la publicité après 20 heures, ou au pire d'une autre source de recettes provenant de la taxe sur le chiffre d'affaires de TF1 et de M 6.
Tout se passe comme si personne n'avait jamais tiré les leçons de deux phénomènes que n'importe quel étudiant en première année d'économie admet, parce qu'il ne relève d'aucun dogme. | | Primo, cela ne sert à rien de renflouer indéfiniment un opérateur ou une structure qui ne se réforme pas en contrepartie. Chaque rentrée nouvelle d'argent sera utilisée, plus que de besoin. Et deux ou trois ans plus tard, il faudra à nouveau mettre sur pied un nouveau levier de financement. De surcroît, si cet opérateur est public et qu'il n'a de comptes à rendre à personne, comme c'est le cas de France Télévisions, cette mécanique destructrice peut durer longtemps.
Secundo, comme le rappelle Laurence Parisot dans son livre "Besoin d'Air" paru début 2007, il y a deux siècles la France a cru bon taxer les fenêtres des maisons. Au même titre que les sodas ou les écrans d'ordinateur, parce qu'on en voyait apparaître un peu partout. Tout le monde a cru que ce serait indolore. Non seulement les français se sont mis à murer leurs fenêtres et à détruire l'esthétique de leurs habitations. Mais le pire, c'est que l'air ne circulant plus dans les maisons, cela a entraîné l'explosion de la tuberculose dans les familles. Notamment les plus pauvres.
Comment ne pas penser à cet air rance qui nous attend, lorsqu'une ministre de la Culture, par ailleurs jeune et talentueuse, pense qu'il est bon de résoudre un problème aujourd'hui en taxant les écrans d'ordinateur, peut-être ceux des tablettes, bref toutes ces nouvelles fenêtres numériques par lesquelles passera forcément le regain de croissance de demain? Comment ne pas être inquiet devant cette éternelle tentation de s'attaquer aux nouvelles technologies, au moment où on n'a jamais autant eu besoin d'elles ? |