"The idea that my word is my Libor is dead." Après que Barclays a admis avoir manipulé le taux d'intérêt interbancaire britannique entre 2006 et 2008, le gouverneur de la Banque d'Angleterre, Mervyn King, considère une refonte complète du système de calcul du Libor comme indispensable. Pour ce faire, il a notamment proposé d'utiliser les prix des transactions plutôt que les cours. Le Libor a d'ailleurs déjà été réformé deux fois depuis 2008 -c'est-à -dire depuis que des manipulations de taux sont pointées du doigt- par l'association de banquiers en charge de le définir.
Une affaire qui court, donc, depuis longtemps. Barclays s'est engagée à verser 362 millions d'euros aux autorités américaines et britanniques pour mettre fin, à l'amiable, aux poursuites engagées à son encontre. Un montant dérisoire au vu de l'impact pour les entreprises et les particuliers, le Libor étant lié à 800 trillions de dollars de titres et de prêts. Mais l'accord passé avec la SEC et la FSA prévoit que Barclays coopère, notamment sur les dossiers concernant ses rivales. En tout, une vingtaine d'institutions dont HSBC, Citigroup, JP Morgan, Deutsche Bank ou la Royal Bank of Scotland font actuellement l'objet d'une enquête et pourraient se trouver à payer des amendes plus élevées. De son côté, selon le Wall Street Journal, UBS a déjà fait savoir qu'elle pourrait bénéficier d'une immunité partielle, garantie en partie par le ministère de la Justice, en échange de sa collaboration. Des partenariats financièrement avantageux, en somme.
Le gouvernement britannique a, lui, ordonné samedi un examen du marché interbancaire par une instance indépendante. En fonction des conclusions de cette dernière, la Financial Services Bill, actuellement discutée au Parlement, pourrait se voir amender. Les personnes en charge de cette investigation devront aussi révéler s'il y a eu oui ou non délit pénal. | | Néanmoins, le service des fraudes anglais a dit qu'il se prononcerait d'ici un mois sur la "pertinence et la possibilité d'engager des poursuites pénales". Concrètement, il s'agit de déterminer si les banquiers sont soumis aux mêmes règles pénales qu'un dirigeant d'entreprise dans ce type de situation...
Bob Diamond a été assigné à comparaître devant les parlementaires le 4 juillet. Le directeur général de Barclays aura à charge de s'exprimer sur le scandale. "Le Parlement et la population doivent savoir ce qui a mal tourné et si les responsables ont été éjectés", a indiqué Andrew Tyrie, président de la commission parlementaire Treasury Select, qui doit interroger le patron de la banque. Car Bob Diamond aurait été en contact en 2008 avec l'un des membres de la Bank of England, Paul Tucker, à propos de la fixation des taux. A la suite de cet entretien, des opérateurs de Barclays auraient reçu l'aval de la Banque centrale pour baisser leurs offres sur le Libor. Néanmoins, la FSA prend pour acquis l'explication du DG : oui, la conversation était bien orientée sur le taux, mais elle n'a été suivie d'aucun ordre de cette nature.
Le départ, annoncé officiellement ce matin, du chairman de la Barclays, Marcus Agius, qui a déclaré "la responsabilité (de Barclays, ndlr) s'arrête avec moi", ne devrait pas suffire à apaiser les esprits. Une étude, publiée dimanche par le magazine "Which ?", révélait que 78% des britanniques pensent que les banques ont enfreint la loi et que les personnes responsables devraient être poursuivies personnellement. Un message entendu par le gouvernement, qui a tout de même précisé, via le vice-Premier ministre, Nick Clegg, qu'il ne relevait pas de sa fonction de destituer un banquier. |