Les quelques moments de reprise des marchés depuis le début de la crise de la dette en 2010, comme après les deux injections de liquidités par la BCE ou après divers sommets de la dernière chance, ont toujours été suivis, au bout de quelques semaines, d'un nouveau repli. Car à chaque fois, ce qui semblait être une issue à la crise n'était en réalité qu'une solution temporaire, incapable de résoudre durablement les défaillances de la zone euro. Or selon Natixis, quatre éléments sont essentiels pour que la crise de l'euro disparaisse.
Dans les pays périphériques, l'explosion de la bulle immobilière a fait naître un profond déséquilibre des agents économiques privés entre les passifs (la dette des ménages espagnols représente plus de 100% du PIB) et les actifs (le prix de l'immobilier s'est effondré). Tant que ce réajustement ne sera pas terminé, le secteur privé continuera de se désendetter et réduira donc ses dépenses, ce qui freinera la consommation et la croissance. De même, le temps que les banques réduisent leurs portefeuilles de prêts non performantes, leur solvabilité sera dégradée et leurs difficultés se poursuivront.
Deuxième facteur pour une reprise durable: la restauration du plein emploi. La chute de Lehman Brothers avait entraîné la chute du commerce mondial et avec elle de nombreuses pertes d'emplois industriels, tandis que l'explosion de la bulle immobilière en Espagne, au Portugal et en Irlande avait provoqué la suppression de milliers d'emplois dans la construction et le bâtiment. Le fort taux de chômage (plus de 11% en juin pour la zone euro) a généré un cycle dépressif : "le chômage conduit à la perte de pouvoir de négociation des salariés et au recul des salaires réels", selon Natixis. |
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Dans ces conditions, la crise ne sera finie que lorsque "les pertes d'emplois auront été compensées par de nouveaux emplois". Or selon les analystes, ce processus n'a pas encore commencé ; il faudrait pour cela que les Etats entament un processus de réindustrialisation et que les capacités de production de l'industrie cessent de chuter, comme actuellement.
La crise de la dette souveraine est également, comme son nom l'indique, la conséquence d'un endettement excessif des Etats de la zone euro. Les pays devront réduire leur déficit afin d'emprunter moins cher et revenir vers un équilibre budgétaire plus sain. Sauf que, remarque Natixis, depuis novembre dernier les déficits, loin de diminuer, augmentent de nouveau du fait de la faiblesse de l'activité, incapable de compenser les mesures prises pour diminuer les dépenses publiques. Enfin, selon les économistes de la banque, seul un fédéralisme budgétaire permettra de faire disparaitre les déficits structurels de certains Etats (Espagne, Grèce, France, Portugal), ce qui une fois encore prendra de nombreuses années afin d'être admis par l'ensemble des pays de la zone.
Rien ne sert donc d'attendre une résolution de la crise dans les prochains mois, celle-ci sera longue, "vingt ans", selon Natixis. Ce qui les amène à la conclusion peu réjouissante que "l'incertitude économique, financière sociale et politique sera forte et que les marchés connaîtront un niveau déprimé, risqué et une grande volatilité". |