Les mois d'été ne sont pas synonymes d'accalmie sur les marchés américains, où d'improbables projets de retraits de cote sont mis à jour un 6 août. C'est le cas du géant américain Best Buy, l'équivalent américain de Darty avec ses 1400 magasins de vente de matériel électronique grand public dans le monde. Cotée au Nyse, l'entreprise fait l'objet d'un projet de rachat par son fondateur et ex-chairman Richard Schulze, plus gros actionnaire puisqu'il est encore détenteur de 20,1% du capital. Après avoir cherché à obtenir l'accord du board pour former une offre aux côtés de fonds de private equity, le dynamique septuagénaire (71 ans) a décidé de rendre son projet public, afin d'accélérer les choses.
Il propose donc entre 24 et 26 dollars par action, soit une prime de 29 à 40% sur les 20 derniers cours de bourse du distributeur et une valorisation allant jusqu'à 9,5 milliards de dollars en incluant la dette nette. Et a assuré avoir déjà reçu les marques d'intérêt de plusieurs fonds de private equity pour ce projet. L'offre se situe dans la moyenne des primes de cours accordées pour d'autres acteurs du retail (31%), mais rappelons que l'action Best Buy est en chute libre depuis plus de 18 mois. Après avoir perdu 32% l'an passé, soit la quatrième plus faible performance du retail dans le S&P 500, elle a à nouveau chuté de 25% cette année. D'où une offre qui n'accorde au groupe qu'un multiple de 2,9 fois son Ebitda, contre 7 fois dans le secteur.
Mais il convient de prendre en compte la perte de vitesse qu'accuse le groupe depuis plusieurs années. Comme nombre de ses confrères avec des magasins en propre, Best Buy a souffert de la concurrence et du phénomène de "showrooming", selon lequel les clients vont dans les magasins pour voir et tester les produits, puis les achètent à des prix bradés en ligne. Alors que de grands retailers comme Wal-Mart ou Target se sont adaptés à l'e-commerce, Best Buy est resté à la traîne. |
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Résultat, après avoir vu ses revenus grimper à 45 milliards de dollars pour 1 milliard de résultat net en 2009, sous la direction de Brad Andersen, le groupe a accusé une perte nette de 1,2 milliard de dollars l'an passé et le dernier CEO a dû démissionner en juin, après une sombre histoire de liaison avec une employée de 29 ans, laissant la tête du groupe vacante jusqu'à présent.
Le challenge est donc immense pour le fondateur de ce "blue-chip" américain né en 1966, qui souhaite avec l'ancienne direction prendre en main le retournement stratégique. Mais pour cela, la loi du Minnesota où est basée la société l'oblige à obtenir l'aval du board, qui a publié une réponse circonspecte au projet. Ce dernier doit à la fois les convaincre du sérieux de son projet, auquel il va amener 1 milliard de fonds personnels et d'emprunt, persuader des fonds de private equity d'injecter 2 à 3 milliards d'equity dans le deal, mais aussi les banques de consentir au moins 4 milliards de dette. Sur ce point l'entrepreneur a indiqué que sa banque d'affaires, Credit Suisse, était à l'aise avec la possibilité de former un pool bancaire de cette taille. Rappelons qu'il s'agirait tout de même da la plus grosse acquisition d'un retailer américain depuis 2005 et du LBO le plus important de l'histoire dans le secteur.
De leur côté, les actionnaires devraient ne pas se poser trop de questions, étant donné que le consensus des analystes ne valorise pas la société à plus de 22,8 dollars par action dans les 12 prochains mois. Certes, l'offre représente moins de la moitié du cours de Bourse en 2006, mais c'est le prix à payer pour laisser la - faible - chance à Best Buy de devenir l'eBay ou l'Amazon de demain. |