Le bel exercice de persuasion du président italien vient d'être mis à sac par les chiffres du PIB pour le second trimestre. Depuis quelques semaines déjà , Mario Monti combat les " idées reçues " contre son pays, en donnant des interviews et des déclarations aux journaux européens sur la bonne résistance de l'économie italienne. Ainsi, dans une longue interview au quotidien die Zeit hier, il a déclaré que l'Italie n'avait reçu aucune aide de Bruxelles, ainsi que certaines rumeurs le laissaient entendre, et que bien au contraire, son pays avait largement plus contribué à aider la Grèce financièrement que l'Allemagne, si l'on tenait compte des "flux de retours" (immigration grecque en Italie).
Mercredi dernier, le président avait également affirmé que son pays n'avait pas besoin d'aide financière ni de sauvetage de son économie et qu'il était sur la bonne voie pour se redresser économiquement. Sauf que l'agence nationale des statistiques a dévoilé ce matin une première estimation peu encourageante pour le PIB italien au deuxième trimestre. Ainsi, le produit intérieur brut du pays a reculé pour le troisième trimestre consécutif, confirmant la situation de récession du pays. Ainsi, après une baisse de 0,2% du PIB fin 2011 puis de 0,8% au premier trimestre 2012, celui-ci s'est de nouveau contracté de 0,7% sur les trois derniers mois. Selon Cédric Thellier, analyste chez Natixis, la chute de la demande intérieure est le premier facteur explicatif de cette contraction de la croissance italienne. "Avec une baisse des salaires, le niveau encore élevé de l'inflation, un niveau de confiance faible des consommateurs et une hausse du taux de chômage, il n'est pas étonnant que la consommation des ménages ait diminué au cours du dernier trimestre".
Les quatre programmes d'austérité successifs mis en place depuis juillet 2011, afin d'économiser plus de 80 milliards d'euros, ont contribué à grever la croissance. |
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La hausse de la TVA, notamment de 20% à 21% en décembre 2011 (et qui pourrait de nouveau être augmenté d'un point si la charge des intérêts de la dette continue d'augmenter), a pénalisé la consommation. Le gel du salaire des fonctionnaires, la réduction des subventions aux collectivités locales et l'augmentation des impôts régionaux expliquent également la récession du pays. Car selon Natixis, la part du commerce extérieur a joué un rôle très faible dans la contraction du PIB italien, et la faiblesse de la croissance résulte donc majoritairement de l'environnement de consolidation budgétaire.
Dans ces conditions, les analystes sont clairement moins optimistes que Mario Monti à l'égard de son pays. La croissance devrait être négative cette année (de -2,1%) et en 2013 (-0,6%). "Nous estimons que le pays ne parviendra pas à tenir ses engagements budgétaires d'un déficit de 0,5% pour 2013. Il sera plutôt de 2,6% en 2012 et de 1,6% en 2013". Mais, en comparaison de l'Espagne qui doit encore émettre quelque 35 milliards d'euros d'ici la fin de l'année, l'Italie n'a plus besoin d'émettre à moyen et long terme d'ici janvier prochain. Ce qui le rend moins exposé à une éventuelle flambée de ses taux.
Enfin, selon Cédric Thellier, l'Italie peut encore s'appuyer sur un solde primaire excédentaire depuis la création de la monnaie unique et un commerce extérieur solide, puisque le pays est la deuxième nation derrière l'Allemagne en termes d'industrie. "Monti essaye de contrebalancer la mauvaise presse de son pays et l'exagération des médias quant au sort du pays". Reste à espérer que la rigueur n'étouffe ses efforts et ses atouts économiques.
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