Alors que les bourses européennes sont chahutées depuis plusieurs mois au gré des regains d'inquiétudes sur l'avenir de la zone euro, le non coté ne se présente pas vraiment comme une alternative crédible et plus fiable. Car cela fait un moment maintenant que la belle machine du private equity s'est grippée. Après avoir levé des montants colossaux juste avant la faillite de Lehman Brothers, les fonds n'ont pu se mettre au travail en raison de la panne du crédit. Au deuxième trimestre 2012, la tendance se confirme: selon Bloomberg, les deals ont chuté de 36% à 102 milliards de dollars. Résultat constaté depuis plusieurs semestres désormais: la montagne de "dry powder" ne se résorbe pas, obligeant les fonds à se renouveler.
Les grands mastodontes du métier l'ont bien compris, qui ont déjà entrepris des diversifications. Fonds de fonds, infrastructures, immobilier... Mais un segment a particulièrement la cote en ce moment: le crédit. Rattrapées par les nouvelles contingences de Bâle 3, les banques ne financent plus les buy-outs et cherchent à se débarrasser de crédits LBO demandeurs de fonds propres, surtout lorsque l'entreprise est trop leveragée. Et les obligations high yield offrent des rendements particulièrement attractifs dans un environnement de taux bas. Pour preuve, les résultats semestriels de Blackstone ont fait apparaître un profit en baisse de 74% au deuxième trimestre 2012, seulement soutenu par son véhicule de crédit, GSO Capital Partners, dont les revenus ont grimpé de 53%. Entré en bourse en juillet 2010, KKR s'aligne aussi sur cette stratégie puisqu'il s'apprête à lever deux fonds de dette qui seront, pour la première fois, ouverts aux particuliers.
Sur le marché obligataire, les opportunités sont également nombreuses. |
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Nombre de très grands gérants d'actifs comme BlackRock sortent des titres d'Etat sûrs car ils offrent un rendement quasi nul voire négatif, et favorisent de plus en plus les obligations corporates. Mais leurs contraintes d'investissement les obligent à rester dans la classe "investment grade", plus sécurisée. Les ETF quant à eux privilégient les émissions de corporates liquides, ce qui laisse la place aux fonds pour racheter de la dette plus vieille, moins liquide et pour des montants inférieurs.
D'autant qu'ils connaissent très bien ce métier pour avoir déjà structuré le financement de nombreux LBO, avec des montages devenus complexes. Pour cette raison, ils n'hésitent pas à racheter des portefeuilles entiers. En début d'année, Carlyle a ainsi misé sur son savoir-faire en rachetant 2,1 milliards de dollars de CLO à Highland Capital Management, des produits titrisés de crédits LBO dont la valeur augmente au fur et à mesure de l'intérêt grandissant pour ces derniers. Ce mois-ci, Thomas H. Lee a également repris 2,5 milliards de dollars d'actifs de crédit en tous genres à McDonnel IM.
Les fonds de crédit comme GSO doivent néanmoins compter sur la réalisation de deals, ce qui n'est pas acquis en ce moment. Les différences de vues entre acheteurs et vendeurs bloquent les négociations et l'absence de crédit bancaire oblige à aller chercher de la mezzanine, plus chère, ce qui impacte les retours. Dès lors ne nous y trompons pas: le crédit n'est qu'un palliatif dans un marché du private equity gelé, car il sera toujours moins rentable que le LBO et ses précieux managements fees. |