Comme nous l'avions laissé envisager la semaine passée, la publication des "stress-tests" n'a réservé aucune surprise particulière. Ni sur le nom des sept cancres de la classe européenne bancaire. Ni sur la solidité des banques françaises. Tout cela devrait donc rassurer les investisseurs dés demain à l'ouverture des marchés, sans toutefois provoquer un "rally" comparable à celui qui avait suivi les stress-tests américains. D'abord parce que le suspense était cette fois-ci beaucoup moins grand. Ensuite, parce que cela correspondait alors au point bas du marché boursier.
A l'heure actuelle, ce sont vraiment les indicateurs macro-économiques qui font la tendance. Avec d'un côté une Amérique qui ne montre aucun signe tangible d'amélioration. A tel point qu'après les "minutes" de la Fed, le marché a eu droit cette semaine à un complément d'explication de la part de Ben Bernanke, le patron de cette même Fed. Et de l'autre côté une Europe qui a pris le tournant de la rigueur, du moins en partie - ce qui commence à peser sur les chiffres de la consommation, donc sur la croissance. Aux dires de certains économistes, la zone Euro pourrait n'afficher cette année qu'une progression de son PIB comprise entre 0,5 et 1 %.
Seule l'Allemagne fait exception
Et cela, malgré l'Allemagne qui surprend avec une croissance estimée pour le moment à 2 %, un taux de chômage que l'on peut qualifier de normal, une balance commerciale toujours très excédentaire, et même un léger mieux du côté de la consommation. Certes, ces chiffres ne tiennent pas encore compte du plan de rigueur annoncé au printemps dernier par Angela Merkel. Malgré tout, ils vont relancer le débat sur la pertinence du modèle économique choisi par nos voisins.
Dans ce contexte, la déclaration de Jean-Claude Trichet au Financial Times de vendredi 23 juillet a fait l'effet d'une petite bombe. Puisque le si réservé président de la BCE, dont le langage ressemble plus à celui d'un diplomate qu'à celui d'un économiste, a plaidé une nouvelle fois avec force pour la rigueur. Surtout il a regretté publiquement l'ampleur des plans de relance mis en place il y a moins de dix-huit mois par l'ensemble des économies occidentales. Encore un effort, et il aurait pû conclure par le fait que plusieurs pays européens s'apprêtent à connaître de sérieuses turbulences du fait d'une probable dégradation de leur notation.
Quel Premier Ministre pour la rigueur ?
C'est dans ce cadre que Nicolas Sarkozy a commencé ses réflexions sur le choix d'un nouveau premier ministre. Jean-Louis Borloo, qui vient de céder son riad de Marrakech pour quitter son côté "bling-bling", fait un activisme forcené pour emporter Matignon. Mais d'une part le président de la République ne supporte pas son désordre permanent, et encore moins son entourage proche. En outre, compte tenu du demi-échec de sa politique de l'environnement, illustré par la montée tous azimuts des écologistes, il n'est pas certain, que cette nomination fasse remonter la cote de l'ensemble du gouvernement. |
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Autre Ministre d'Etat, susceptible de succéder à François Fillon, Michèle Alliot-Marie. Actuellement, c'est elle qui tient nettement la corde. D'abord parce qu'elle incarne l'image d'une cinquième république classique, nette et irréprochable. Ensuite, parce qu'elle a conservé un poids politique majeur auprès de la majorité parlementaire : ce qui est la principale qualité demandée à un Premier Ministre. Enfin, parce qu'elle se contenterait d'être "la collaboratrice" du Chef de l'etat, sans prétendre à être un premier ministre de plein droit. Outre ces qualités, elle serait capable de "vendre" la nécessité d'une politique de rigueur.
Le départ d'Eric Woerth désormais inéluctable
Mais il serait prématuré de croire que François Fillon est complètement sorti du jeu. Qui mieux que lui incarne justement cette nécessaire rigueur ? Qui mieux que lui incarne cette république irréprochable ? Qui mieux que lui incarne la droite anti-bling-bling et conserve une autorité de fait sur les parlementaires ? Malgré tout dans son entourage, on ne se fait guère d'illusions. Le Préfet Faugère, son directeur de cabinet, que Nicolas Sarkozy ne supporte pas, est à la recherche d'un poste. François Fillon, lui-même regarde où il pourrait atterrir, d'autant que son purgatoire forcé pourrait être long.
Une chose seulement paraît aujourd'hui certaine, c'est le départ d'Eric Woerth du Ministère du Travail. Le Président en a acté le principe en fin de semaine dernière. L'ancien trésorier de l'UMP devrait mener la réforme des retraites jusqu'à son terme - sauf nouvel impondérable d'ordre médiatico-judiciaire. Ensuite, soit il quittera le gouvernement, soit Nicolas Sarkozy, lui confiera un portefeuille moins exposé. on parle notamment de la Défense que lui dispute également Nathalie Kosciusko-Morizet. Dans ce cas, c'est naturellement Xavier Bertrand qui le remplacerait Rue de Grenelle, jusqu'aux élections de 2012. Bien que Nicolas Sarkozy avait prévu d'en faire son directeur de campagne.
Une ambiance de remaniement très mal vécue à Bercy
Cette ambiance de pré-remaniement est mal vécue au sein du gouvernement où l'on se félicite qu'il ne reste que deux conseils des ministres avant le départ en vacances du Président de la République. Elle est surtout très mal vécue à Bercy où Christine Lagarde se voit black-listée des candidats à Matignon. En outre, elle doit se séparer d'un grand nombre de ses collaborateurs au nom des nouvelles règles sur le train de vie de l'etat. Même l'élégant Alexandre de Juniac cherche coûte que coûte un point de chute ailleurs, dans l'industrie. Auparavant, ce spécialiste de l'armement aimerait bien boucler le rachat de Zodiac par Safran. Une opération, qui devrait prendre plusieurs semaines. |