La Banque Centrale Européenne pourrait à son tour devenir insolvable, si elle poursuit sa politique de rachat de titres périphériques. C'est du moins ce que défend le think tank eurosceptique Open Europe dans une étude publiée aujourd'hui.
Le programme de rachats de titres d'Etat (SMP, Securities Market Programme) entamé par la BCE en mai dernier a considérablement affaibli son bilan : selon les calculs d'Open Europe, l'institution de Francfort est exposée à hauteur de 444 milliards d'euros aux pays périphériques, un montant équivalent aux PIB de l'Autriche et la Finlande réunis. De plus, les banques européennes ont été autorisées à utiliser certains titres dépréciés (obligations irlandaises ou grecques) comme collatéral auprès de la BCE et le montant de ces titres utilisés en collatéral est difficile à évaluer. Au total, la BCE a accordé des prêts représentant 23 fois sa base de capital (évaluée à 82 milliards d'euros) contre 5 fois seulement pour la Banque centrale de Suède par exemple, ou 4 fois en moyenne pour un hedge fund lambda.
Les chercheurs sont d'autant plus inquiets que la probabilité d'un défaut ou d'une restructuration de la dette hellène est de plus en plus imminente. Et on comprend que la BCE y soit fermement opposée puisqu'elle détient à elle seule environ 190 milliards d'euros de titres grecs. Si le pays restructurait fût-ce seulement la moitié de ses titres de dette, la BCE perdrait de 44,5 milliards à 65,8 milliards d'euros sur l'ensemble des titres hellènes qu'elle a rachetés ainsi que sur ceux qu'elle a acceptés en collatéral. |
|
Ce qui représente entre 2,35% et 3,47% de ses actifs, soit près de la totalité de sa base de capital.
On voit bien comment, dans ces conditions, la Banque Centrale pourrait à son tour devenir insolvable, obligeant l'institution à se recapitaliser. Deux solutions seraient dès lors possibles pour permettre à la banque de rétablir son niveau de fonds propres : faire marcher la planche à billets, ou avoir recours aux banques nationales pour la renflouer. Le premier cas entraînerait une forte hausse de l'inflation, ce qui est absolument impensable du point de vue de l'Allemagne et en contradiction avec l'objectif initial de la BCE de lutte contre la hausse des prix. La seconde solution reviendrait à un deuxième bail-out où les contribuables européens seraient de nouveau mis à contribution. Une solution également difficilement envisageable.
En venant au secours de la Grèce puis du Portugal et de l'Irlande, la BCE a donc totalement remis en cause le principe qu'elle défend depuis sa création : ne pas être utilisée comme instrument fiscal destiné à aider les gouvernements en déficit. Le SMP a finalement surtout incité les banques à prendre plus de risques sans chercher à reconstituer leur stock de capital. Les chercheurs incitent donc Jean-Claude Trichet, lors de la conférence mensuelle de politique monétaire de jeudi, à mettre un point final au SMP afin de revenir à sa mission première de stabilisation des prix. Elle risque sinon de perdre définitivement sa crédibilité. |