Tony Hayward a négocié pendant tout le week-end les conditions de son départ du poste de directeur général de BP, une entreprise où il a fait toute sa carrière. Les membres du conseil d'administration ont pesé de tout leur poids pour que le patron de la compagnie pétrolière ne parte pas avec un pactole qui ouvrirait une nouvelle controverse.
Ce départ n'est pas une surprise après la marée noire intervenue dans le Golfe du Mexique. Elle peut paraître injuste, car ce patron fort réputé dans les milieux pétroliers n'est pas directement impliqué dans ce qui s'est passé. Elle est pourtant totalement légitime. D'abord parce que Tony Hayward est le patron de BP. Il est donc responsable du meilleur et du pire qui arrive dans cette compagnie. Ensuite parce qu'il a voulu gérer lui-même les conséquences de cette marée noire. Et cela s'est avéré catastrophique.
La gouvernance britannique a ceci de positif : c'est que le patron est de facto coupable, parce qu'il est responsable devant le conseil d'administration. Et puisqu'il est coupable, il doit partir lorsqu'il se produit un incident de la sorte, qui a entrainé une division par deux des actions BP. Et nul ne sait aujourd'hui si cette major pétrolière pourra survivre en l'état à cette catastrophe, ou si elle sera à la fois obligée de céder des actifs et de se mettre à l'abri de fonds souverains. |
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Après la démission de Tony Hayward, la question se posera de celle du président du conseil d'administration, qui est lui responsable devant les actionnaires. Encore faut-il qu'il ait d'abord trouvé la perle rare capable de succéder à l'actuel directeur général !
Cette démission, qui fait honneur à la gouvernance des groupes britanniques, mériterait d'être méditée de ce coté-ci de la Manche où de trop nombreux dirigeants se croient à l'abri de rendre des comptes à leurs actionnaires ou même à leurs administrateurs. Combien de temps a-t-il fallu pour faire comprendre à Serge Tchuruk qu'il avait fait d'Alcatel l'ombre de ce qu'était cet empire? Combien de temps faudra-t-il pour que les membres du conseil de surveillance de Lagardère prennent la mesure de la destruction de valeur que réalise Arnaud Lagardère? Combien de temps faudra-t-il pour que les administrateurs d'Eiffage expliquent à son président la perte de valeur qu'il a entrainée pour tous ses salariés comme pour les actionnaires, en refusant une alliance ibérique ? On pourrait hélas multiplier les cas de ce type.
L'Angleterre n'est pas forcément un modèle en soi. Mais elle a inventé le mot "fair-play". Ce mot qui coûte aujourd'hui à Tony Hayward son poste, l'un des plus beaux de toute l'industrie britannique. |